COVID-19 et Ocytocine

 COVID-19 et ocytocyne ! Les femmes continuent à porter et à mettre des enfants au monde.


L’interdiction des regroupements, les confinements, la fermeture des lieux culturels et des salles de sport réduisent drastiquement nos possibilités de mobilité et nous isolent les uns des autres.


Ce qui est problématique pour les personnes en bonne santé l’est encore plus pour celles qui vivent une période singulière de leur existence. Je veux parler ici de la grossesse, période de construction, de questionnement, de don de soi, de fragilité aussi.


Une grande partie du suivi de grossesse se fait par visioconférence. Pour protéger les patients autant que les soignants, les interactions sont réduites au maximum. Souvent les premières consultations se font à distance, comme certaines consultations de préparation à la naissance, l’exposé du projet de naissance ou encore le rendez-vous avec l’anesthésiste.  Pour l’avoir vécu moi-même, enceinte pendant le premier confinement, il m’a paru surréaliste de me voir informer des risques encourus lors d’un accouchement par téléphone. J’ai reçu par mail les informations médicales sur l’anesthésie en obstétrique après avoir raccroché. Je les ai parcouru seule derrière mon ordinateur.


Perrine, enceinte de 33 semaines lorsque je m’entretiens avec elle, me confie : « Mon premier rendez-vous de prépa était sur l’écran de mon téléphone sur Whatsapp. Je me demandais comment j’allais faire pour me projeter dans un lieu que je n’avais pas vu. C’est très frustrant ! Le choix de la maternité dans laquelle je vais accoucher a été orienté par la crise. Je veux absolument que le papa puisse être présent et venir lorsque je serai à là maternité. Je veux aussi qu’il puisse assister aux échographies ». Elle me parle de sa frustration de ne pouvoir se préparer normalement à son accouchement. Elle aimerait voir ses proches, sentir la proximité de ses amis, toucher et être touchée, être au contact d’autres femmes enceintes. 


Les besoins inhérents à ce moment unique dans la vie d’une femme et d’un couple sont à regarder avec attention. La grossesse n’est pas qu’un phénomène physique. L’enfant commence à naitre dans nos représentations, de bébé imaginaire, il devint bébé réel que l’on sent bouger. Le ventre s’arrondit. Et il est nécessaire de voir ses proches, sa famille, d’être entourés. La grossesse est un moment de transition générationnelle, une sorte de deuil aussi de la vie d’avant. Et cela ne peut pas exister que pour la femme enceinte. Il faut que cela soit rendu tangible par un entourage présent, pour se voir enceinte dans le regard de l’autre.


Pour la Haute Autorité de Santé : « Le bon déroulement de la grossesse et le bien-être de l’enfant reposent sur un suivi médical complété par une préparation à la naissance et à la parentalité  structurée, dont l’objectif est de contribuer à l’amélioration de l’état de santé global des femmes enceintes, des accouchées et des nouveau-nés. La durée de chaque séance doit être suffisante pour donner des informations, permettre le développement des compétences et mettre en pratique un travail corporel. La durée de chaque séance doit être adaptée au thème abordé et à la technique éducative utilisée. » Mais la visioconférence a tellement de limites. Devant un écran le cerveau reconstitue ce qu’il ne voit pas et travaille d’avantage. Le corps n’existe pas ou si peu. 


Le 9 novembre 2020, un communiqué de presse du Gouvernement signé pour Olivier Véran, Élisabeth Moreno et Adrien Taquet s’associent aux propos du CNGOF pour rappeler que « la naissance doit rester un moment privilégié même dans ce contexte d’épidémie. » Enfin ! Mais comment justifier les décisions drastiques qui ont été prises au début de la pandémie ? Comment admettre que cette crise sanitaire a éloigné des parents de la naissance de leur enfant, éloigné des parents de leur bébé prématuré. Comment imaginer que certaines mères, poussées par leur propre peur et par le personnel médical tentant de s’adapter aux mesures imposées, aient pu accepter des déclenchements de convenance ou des césariennes pour s’assurer de la présence du père à leur coté avant une probable adaptation des règles sanitaires ? La naissance conditionne tellement de choses pour le reste de l’existence. Lorsque l’on connait l’importance des premiers contacts, des premiers échanges entre les parents et l’enfant, on ne peut tolérer la prise de décisions aussi inhumaines. Inhumaines et déshumanisantes, dans son sens le plus littéral, faisant perdre toute humanité, toute sensibilité, toute générosité.


Les distances sociales, les masques, les restrictions imposées par la crise sanitaire me semblent incompatibles avec les sécrétions hormonales bénéfiques à la grossesse et à l’accouchement. Comment le neocortex, ce cerveau de la réflexion et du langage, peut-il être mis en veille alors que la communication non verbal est inexistante, cachée sous un masque ou derrière un écran ? Comment (re)trouver la liberté de nos racines mammifères le visage caché, calculant notre distance par rapport à l’autre, réfléchissant nos moindres gestes, redoutant l’apparition de symptômes… Comment nous libérer de nos conditionnements et retrouver toute notre animalité alors que tout est réfléchi, calculé, mesuré ?


On peut alors se demander quelle relation entretient le Covid-19 avec l’ocytocine, l’un imposant vigilance et tracage, l’autre hormone de l’amour et de la confiance. Et que dire des réflexes, de l’instinct, des désirs profonds, des besoins viscéraux, des rites ancestraux, de ces choses qui aident aux passages, transitions de l’ existence ou naissance…


Je voudrais proposer une piste…

Dansez Mesdames pour vous relier à vos racines, danses rituelles et ancestrales ! 

Il nous reste encore le mouvement, chez nous, dans les salles de travail et dans les salles de naissance. Il nous reste cette musique intérieur, ce bercement apaisant que nous avons en commun avec les animaux. Il nous reste le rythme de la respiration pour nous relier à la Terre, pour reprendre possession de cet acte qu’est la naissance.

Dansez Mesdames…


Ingrid Bizaguet

Malakoff, le 07/01/2021



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